12 mai 2008
Atchoub !
Il a cobbencé par redifler, et puis il s'est bis à éterduer. Là, il est sans douvelles de ses sidus depuis hier en début de batidée. Il est devedu abi avec des bouchoirs en papier, alors qu'ils sont brouillés depuis quelques addées.
De pas pencher la tête, c'est le bot d'ordre de la jourdée.
Pour éviter la sidusite, quelques gradules hobéopathiques, et le tour est joué. Il va bientôt pouvoir à douveau respirer, et prodoncer des mots en français. Parce que depuis deux jours, il dit "Je t'aibe bon dabour".
10 mai 2008
Filtre d'amour
Il lui a demandé si ce soir elle voulait bien passer le voir au bar. Elle a répondu qu'elle ne savait pas, mais pourquoi pas. Elle n'aime pas trop traîner dans cet endroit le samedi soir, l'ambiance ne lui convient pas. Mais pour un baiser de son amoureux, c'est d'accord. Pause cigarette tous les deux.
Elle a quand même précisé que pour cette fois, elle aimerait une vraie pause. Quelques minutes, sans penser qu'il faut y retourner, que Carina ne va pas gérer, que les clients vont bouder. Mais quand on est un client imbibé d'alcool, la bouderie n'est pas retenue pour le rôle. Il ne faut pas inverser. Mais verser dans son verre, pas à côté.
Elle est montée dans Joséphine, et toutes les deux, elles ont chanté jusqu'au centre ville. Quatre kilomètres pour un baiser, elle en ferait quatre mille s'il le lui demandait. Une éternité pour trouver un endroit où se garer, mais le petit miracle est arrivé. Elle a marché jusqu'au bar, en respirant l'air du soir, en écoutant des bribes de conversations qui sortaient de la bouche des piétons.
Il est sorti pour fumer avec elle, et il l'a serrée dans ses bras. Alors, dans un sourire, elle a dit "Allez, viens, on s'en va." Mais à demi plaisanterie, réaction mitigée. Bien sûr qu'il ne peut pas s'en aller. Utopique boutade, mais tout de même formulée. Pourtant, de quelques mètres ils se sont éloignés. Une pause véritable, sans la tête tournée vers le comptoir bondé et ses piliers qui commencent à s'impatienter. Cinq minutes, pas une de plus, mais cinq minutes pour deux amoureux enlacés, dans un nuage de fumée.
C'est toujours trop court les instants d'amour...
Fleur de soleil
Je suis sorti de terre, mon instinct m'a guidé vers la lumière. J'ai levé la tête vers le soleil radieux, que je n'ai plus quitté des yeux. De part et d'autre de ma tête, des pétales jaunes grandissent, et les feuilles vertes sur ma tige s'élargissent. Quelques abeilles sur mon coeur s'amusent un peu. Je joue le jeu. Les heures s'écoulent dans la douceur des jours, mes frères à mes côtés, je l'espère, pour toujours.
Pourtant ce toujours a été court. A l'aube, la lame est arrivée, elle m'a coupé net juste sous le pied. Je n'ai pas vraiment souffert, c'était rapide comme un éclair. Le même que pendant cet orage qui avait fait tant de ravages sur la terre où je poussais, lui non plus je ne l'avais pas vu arriver. Et la peur m'a gagné. J'ai commencé à suffoquer. Tout est devenu noir dans ce carton qui sentait l'humidité. Ça a duré longtemps, suffisamment pour que je perde l'espoir de retrouver un jour ce soleil si convoité. Mon guide naturel, ma sève.
Mais la lumière est revenue soudain, c'était flou et brumeux comme le matin. Je me sentais léger, transporté, j'étais bien. Comme quand le sommeil vous enveloppe et vous fait sombrer jusqu'au lendemain. Si c'est ça la mort, je veux bien mourir alors.
Et tout à coup, c'est l'inondation. Ma tige noyée au fond de ce vase de salon. Je reprens mes esprits, on m'offre un sursis. La fraîcheur de l'eau me fait un peu relever la tête, mais la triste mine de mon coeur chocolat me laisse de guingois. Quelques uns de mes frères ont subi le même sort. Dès lors, je me sens moins seul dans ce décor.
Je sais pourtant que je ne vivrais plus très longtemps. Tout au fond de moi, je le sais, je le sens. Dans quelques jours, tout sera terminé, le tournesol sera fané.
En face de moi, il y a un homme. J'ai commencé par le détester de m'avoir arraché à ma terre ensoleillée. Il était assis face à un chevalet, le pinceau à la main, il avait les cheveux roux et la barbe fatiguée, et aussi une oreille coupée.
Il s'appelait Vincent. Et en me peignant sur cette toile blanche, il m'a donné vie éternellement. Grâce à lui, depuis la fin du XIXe siècle, je suis célèbre mondialement. Je suis mort quelques temps après que la toile ait séché. Je suis touché d'avoir été choisi pour modèle, mais je n'ai que faire de la notoriété.
Je voulais seulement regarder tourner le soleil, baisser la tête à la fin du jour, revoir mon abeille, et m'endormir pour toujours...
09 mai 2008
Mamoune
Lulu voulait ce soir, parler d'une femme merveilleuse qu'elle connaît maintenant depuis dix-huit ans. Une femme qui était juste la maman de son meilleur ami, et qui aujourd'hui est devenue sa "belle-mère" comme on dit. Hors de question de lui attribuer méchants noms et autres sobriquets, cette belle-mère là est une merveille, et pour Lulu, c'est une deuxième maman de qualité. Et aussi une troisième mamie dont la demoiselle a hérité.
On peut toujours tout se dire, mais pas forcément tout écrire, alors Lulu ce soir va respecter ce "serment d'Hippocrate" un peu modifié. Juste noter tout le respect qu'elle a pour cette femme qui a toujours tout géré. Jusqu'à ses parents, Mamie Coco et Pépé Jean, deux pierres précieuses, deux soleils tellement brillants.
Lulu voulait aussi lui dire de prendre soin d'elle, de s'accorder un peu de temps entre les médecins et les problèmes, et de ne pas désespérer, de croire encore à la force de l'amitié. Lui dire aussi tout l'amour qu'elle a pour elle, au delà des kilomètres, des coups de blues et des "messages envoyés".
Ce soir, c'est donc pour Mamoune, un clin d'oeil tout particulier.
07 mai 2008
Promotion
Eh non, ce ne sont pas les soldes, mais juste une personne qui a tenu parole. Cette personne, c'est le patron de Lulu.
Il avait envisagé que, si elle travaillait consciencieusement, il se pourrait qu'elle ne fasse des chambres que pendant peu de temps. Elle a bien travaillé, et depuis quelques jours, tout a changé. Elle est passée contremaître. Un grand mot, qu'elle préfère envoyer paître. En fait, elle contrôle tous les jours, le travail que d'autres font et qu'elle faisait il y a encore quelques jours. Un poste à responsabilités, elle en est encore toute étonnée, mais honorée. Et ravie que son patron lui ai fait confiance, après qu'elle ait mangé son pain noir en silence.
Alors elle se balade d'hôtel en hôtel, vérifie les lits, le linge de toilette, organise les journées, récupère des problèmes à solutionner, ne sait plus où donner de la tête, et au téléphone, s'emmêle les pinceaux dans les numéros. Beaucoup de relationnel dans ce nouveau travail, de la médiation et aussi du social. En fin de compte, tout ce qu'elle aime.
Elle décerne une mention spéciale à Jonathan, à l'hôtel des Goélands, (et elle jure que c'est vrai, ces noms là n'ont pas été inventés) qui a su redonner à ce lieu un air neuf et serein, face à l'océan. Un endroit zen, comme elle les aime, décoré avec beaucoup de goût, où il ferait bon passer un mois d'août. Mais pas celui de cette année qui lui promet qu'elle sera débordée. Mais par un travail qui lui plaît alors ça devrait bien se passer. C'est son cadeau de l'été.
C'est pour ce soir un billet très terre à terre, mais elle avait envie de vous en parler parce qu'elle en est fière.



